Quelle part de la planète reste vraiment à l’état sauvage aujourd’hui

23 %. C’est la part de terres encore préservées de l’empreinte humaine directe, d’après les dernières données. Mais en écartant les zones déjà exploitées par l’industrie, l’agriculture poussée ou les grands réseaux d’infrastructures, ce chiffre s’effondre : il reste moins de 13 % de territoires vraiment vierges sur le globe, selon une étude publiée dans Nature.

La disparition et la fragmentation des milieux naturels s’accélèrent, tandis que la biodiversité mondiale s’étiole à vue d’œil. Les dernières grandes aires intactes se concentrent aujourd’hui dans quelques poches : certains coins d’Amérique du Sud, d’Afrique centrale, du Grand Nord canadien, de Sibérie et d’Australie échappent encore à la pression humaine. Mais le filet se resserre.

Combien de territoires vierges subsistent réellement sur notre planète ?

Le constat est net : la surface des territoires vierges et sauvages se réduit d’année en année. Moins d’un quart des terres émergées ne porte pas la marque visible des activités humaines. Lorsque l’on retire les zones déjà touchées par l’exploitation industrielle, l’agriculture intensive ou les aménagements massifs, il ne subsiste qu’environ 13 % de la surface terrestre qui échappe réellement à cette emprise, soit, à peu près, la taille de l’Inde. Ce chiffre résume toute la gravité du phénomène.

Sur une carte, les espaces sauvages forment désormais un puzzle de parcelles isolées. Les derniers sanctuaires se concentrent en Russie, au Canada, dans certaines régions reculées d’Australie, du Brésil ou des États-Unis. Partout, la même tendance domine : la maille des territoires vierges s’effiloche sous l’effet de l’expansion humaine et de la quête effrénée des ressources. En France, les paysages véritablement intacts ne sont plus que de rares exceptions, victimes de l’urbanisation et de la pression agricole.

Pour donner un aperçu concret, voici quelques exemples de grands espaces qui résistent encore :

  • Russie : d’immenses forêts boréales, loin des routes et axes de transport, hébergent les dernières zones vraiment peu touchées
  • Canada : la toundra et la taïga composent encore des étendues forestières peu morcelées, très éloignées des centres urbains
  • Australie : le cœur désertique, quasiment vide d’habitants, demeure relativement préservé, même si la pression minière y progresse
  • Brésil : l’Amazonie, déjà largement entamée, garde encore quelques refuges, menacés en permanence par la déforestation illégale

À l’échelle planétaire, le bilan ne laisse guère de place à l’ambiguïté : la plupart des espaces sauvages ont disparu, ou se trouvent rongés par la fragmentation. Ce mouvement accélère la perte de capacité d’adaptation du vivant. Depuis des années, les chercheurs qui se penchent sur ces territoires vierges alertent sans relâche sur la rapidité de cette érosion, véritable bouleversement pour l’équilibre du monde vivant.

Espaces sauvages : piliers essentiels de la biodiversité et de l’équilibre climatique

Les espaces sauvages restent le dernier rempart de milliers d’espèces animales et végétales. Là où la présence humaine reste faible, la faune menacée trouve encore un refuge. Qu’il s’agisse de forêts primaires, de toundras du nord, de savanes africaines ou de vastes zones humides d’Amazonie, ces territoires sont le théâtre d’une incroyable diversité d’animaux sauvages, d’oiseaux, de plantes rares, et de micro-organismes essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes.

Préserver la vie sauvage ne relève pas de la théorie : la disparition de ces milieux accélère la chute de la faune et de la flore, met en danger la santé humaine et compromet l’accès à une eau de qualité. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, plus de 60 % des espèces sauvages ont vu leur population s’effondrer en cinquante ans. Le rapport Planète vivante du WWF met en lumière un lien direct entre l’appauvrissement des ressources naturelles et la pression croissante liée aux activités humaines.

Pour mieux saisir l’utilité concrète de ces territoires, il suffit de regarder quels services ils rendent à la planète :

  • Ils servent de refuges vitaux pour les espèces migratrices, incapables de s’adapter ailleurs
  • Ils participent à la lutte contre le réchauffement climatique en stockant le carbone et en régulant les cycles hydriques
  • Ils jouent un rôle de rempart contre la pollution et l’érosion des sols, éléments clés pour l’agriculture et l’eau potable

L’effacement de ces espaces verts affecte aussi la résilience des sociétés humaines, que ce soit en Europe ou au-delà, face aux bouleversements climatiques et à la raréfaction des matières premières.

Agir pour préserver les derniers sanctuaires naturels : quelles solutions concrètes ?

Face à la disparition rapide des territoires vierges, la protection doit devenir une priorité. La fragmentation des milieux, la déforestation, la surpêche et la pollution plastique exigent des mesures ambitieuses. Les États, du Brésil à la Russie, de l’Australie au Canada, sont à la manœuvre : il leur revient de mettre en place de véritables politiques, portées par des actions concrètes, pour empêcher la disparition inexorable des espaces sauvages.

Aller au-delà de la création de nouvelles aires protégées s’impose. Il faut aussi renforcer la gestion de ces zones et s’opposer à l’exploitation illégale des ressources. La Commission européenne encourage d’ailleurs les États membres à sanctuariser 30 % des terres et mers. Pourtant, la recherche de surfaces exploitables ne ralentit pas, stimulée par la croissance démographique et l’impératif économique.

Pour illustrer les leviers disponibles, voici quelques pistes d’action déjà identifiées :

  • Un filtrage rigoureux des chaînes d’approvisionnement pour bannir les matières premières issues de la déforestation
  • Un appui fort aux communautés locales, véritables gardiennes de ces territoires préservés
  • Une régulation renforcée des activités minières, forestières et halieutiques pour limiter l’impact sur les milieux naturels
  • L’allocation de fonds publics et privés pour restaurer les zones déjà abîmées

La lutte contre la pollution plastique réclame aussi un accord global. Les négociations internationales s’éternisent, alors que les réponses parcellaires ont montré leurs limites. Défendre ces sanctuaires suppose de remettre en cause certains modèles économiques, de faire plier des intérêts privés puissants, et d’assumer des choix politiques clairs. Les décisions de dirigeants comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou Jair Bolsonaro pèsent lourd dans la balance. Le sort de ces territoires se décide aussi lors des élections, chaque bulletin pouvant contribuer à leur sauvegarde.

Demain, il sera peut-être trop tard pour admirer les dernières forêts intactes autrement qu’à travers des archives. À la génération présente de décider si elle veut préserver ces confins sauvages, ou bien les voir disparaître à jamais, sans retour possible.

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